photo Daniela Rossi culpabilité
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La culpabilité

Le sentiment de culpabilité a très mauvaise réputation. Il est souvent vu comme un sentiment négatif, inutile, un poids dont on se passerait bien. Plein de conseils sont donnés pour s’en débarrasser, une fois pour toutes! Prenons la vie avec légèreté, que diable! Car la culpabilité n’apporte rien de bon, elle nous fait sentir mal, pas du tout en phase avec la personne qu’on souhaite être, par rapport à soi ou aux autres.

Mais bon, si on se sent coupables, il y a une raison…  j’ai envie de vous en proposer une petite typologie, comme ça, sans prétention, pour le plaisir de la réflexion, en toute liberté.

Il y a celle que j’appellerais la culpabilité « larmes de crocodile », comme par exemple quand on a trop mangé, ou trop bu, ou procrastiné, ou abandonné notre programme de fitness. C’est pas grave,  il y a personne auprès de qui on va devoir s’excuser, on ne va pas perdre des amis, c’est juste que les conséquences de nos actes (réalisés ou manqués) nous provoquent du mal-être : on s’en passerait bien de cette gueule de bois ou de ces kilos, du coup on regrette d’avoir trop bu ou trop mangé, on aimerait que les choses se fassent toutes seules, mais ce n’est pas le cas. On pourrait s’arrêter au regret, c’est bien assez pour acter un comportement à corriger éventuellement, mais non, souvent, en plus de regretter, on va plus loin et on culpabilise. On pourrait s’en passer, mais non. C’est la vie.

La culpabilité qui vient des autres est très insidieuse. Selon nos critères on n’a rien fait de mal,  notre conscience est pure, mais quelqu’un vient instiller le doute : « C’est de ta faute si je vais mal », « Je souffre, sens-toi coupable! », « C’est toi qui est responsable/coupable de mon échec », etc. C’est de la manipulation, ça bloque, ça enferme dans un cercle vicieux, c’est à éviter bien sûr, mais c’est plus facile à dire qu’à faire!  Un regard extérieur sur la situation peut être utile… Car culpabiliser les autres de son propre mal-être c’est vil et destructeur. Nos sentiments nous appartiennent. Voilà.

À l’inverse, prendre sur soi, se sentir coupable pour quelque chose qu’on n’a pas fait ou dit, ou simplement parce que on sait rien faire pour résoudre une situation, ou on se sent impuissant.es face à la souffrance d’un être aimé, ça a l’air assez noble comme sentiment, mais en fait c’est assez malsain, car en plus de sa propre souffrance, on impose à l’autre personne le poids de notre impuissance inutilement coupable. On pourrait mettre cette énergie ailleurs. Non?

Photographie : Daniela Rossi

Parfois se sentir coupable aide à se pardonner ou se faire pardonner, c’est une sorte d’expiation. J’ai fait un truc pas cool que je ne regrette pas vraiment, mais comme ça a fait du mal à quelqu’un d’autre, je culpabilise pour expier, par compassion. Compatir, c’est souffrir ensemble : je ne souffre pas de l’évènement que j’ai provoqué, mais je culpabilise de voir une autre personne souffrir à cause de cet évènement. Chacun.e sa souffrance, mais on peut souffrir ensemble. Et si l’autre voit que je souffre aussi, ça va l’aider à passer l’éponge. Ca a l’air assez tordu comme procédé, mais ça marche.

La culpabilité, c’est normal

Tout ceci pour dire que culpabiliser, c’est normal. C’est une réaction saine, qui montre qu’on n’est pas des sociopathes, qu’on a une notion de ce qui est bien et ce qui ne l’est pas. Qu’on a de l’empathie vis-à-vis des autres, qu’on n’est pas totalement égoïstes (seulement un peu, allons!). Qu’on a des valeurs, même si parfois on les bafoue. Que la bonté totale n’existe pas. Qu’il y a des choses qu’on peut réparer, et d’autres pas. Qu’on juge et on se juge par rapport à ces valeurs, qui nous servent de guide dans ce monde de brutes. (Petit aparté : bien sûr qu’on juge, on juge tout le temps, les gens qui disent qu’ils.elles ne jugent pas mentent! Amen).

Alors peut-être culpabilisons pour ce qui vaut la peine,  réservons ce sentiment désagréable mais utile à nos vrais travers, pas à ceux des autres ou à ceux que les autres, ou la société en général, voudraient nous imposer. Je me sens encore coupable pour des choses survenues il y a des années, des décennies même, et même si c’est lourd quand j’y pense (mais j’y pense pas tout le temps hein), c’est bien, car ça me rappelle ce à quoi je dois faire attention, à comment être une meilleure personne.

Mais je ne veux pas culpabiliser de ne pas être parfaite, de ne pas avoir tous les jours le courage,  des problèmes dont je ne suis pas responsable, de vivre à ma façon, d’être moi. Ce n’est pas facile, parfois on peut se sentir coupable de ne pas culpabiliser (oui, ça c’est vraiment tordu!)  mais en ce qui me concerne ça fait partie de mon processus d’auto-acceptation et auto-valorisation.

Et vous? Comment vous gérez le sentiment de culpabilité?

 

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2 Commentaires

  • Reply nicolas 06/01/2022 at 13:51

    Exercice de simple provocation avec 33 fois le mot coupable
    ou comment s’en détacher en réalisant qu’il faut accepter
    ainsi s’y trouve une liste non exhaustive et pourtant touffue de motifs de culpabilité plus ou moins non justifiés et incongrus.
    Et pourtant…
    Cet ancien séminariste (si!) nous emène parfois en empagnie d’esprits modernes si rimbaldien, car il a bien compris les fuites successives de cet indicible poête.

    • Reply daniela 08/01/2022 at 11:25

      Bonjour Nicolas,
      Je n’avais pas compris tout de suite que tu parlais de Thiéfaine, et je ne connaissais pas cet exercice qui tombe à pic!
      Merci!! 🙂

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