Raffaella Carrà
Empowerment!

Ciao, Raffaella Carrà!

Ciao, Raffaella! Raffaella Carrà est décédée hier, à 78 ans. Je ne sais pas si vous connaissez son nom, ou ses chansons. Depuis le début des années 1970, elle était une artiste très connue de la télévision italienne, chanteuse, danseuse, présentatrice. Je me rappelle de ses émissions quand l’étais petite, de ses tenues glamour, de sa façon de danser. Elle a été un des visages du samedi soir et du dimanche après-midi des familles italiennes, pendant des décennies. « Raffa » était un personnage populaire, au sens premier du terme. Souriante, simple. On avait l’impression de la connaître. À travers la télé, elle faisait partie de la famille.

Mais Raffaella était bien plus que ses paillettes, sa légendaire coiffure qui se remet toujours en place malgré les pirouettes, le « boum » qui accompagne son célèbre mouvement de tête, son rire, ou la simplicité de sa manière de se présenter.

Raffaella Carrà était une artiste engagée.

Quatre chansons résument cet engagement.

« Tanti auguri » (1978) « Félicitations », où elle prône l’amour libre, avec des paroles comme « Que c’est beau de faire l’amour du nord au sud/ que c’est beau de faire l’amour, moi je suis prête, et toi/ Félicitations à qui a beaucoup d’amants/ Félicitations, à la ville et à la campagne/Que c’est beau de faire l’amour du nord au sud/ce qui compte est de de toujours le faire avec qui toi tu souhaites » : un beau rappel de la notion de consentement, en plus! Je me rappelle de ma mère qui chantait cette chanson en préparant à manger, car c’était une chanson gaie, amusante, et même si elle n’approuvait pas le contenu, la chantait quand même, car elle mettait de bonne humeur. À l’époque j’étais une enfant et je comprenais rien à tout ça, mais j’aimais bien, et Raffaella était si belle! (https://www.youtube.com/watch?v=27XPtVtW-6Y)

Raffaella Carrà

Raffaella Carrà

La deuxième chanson est « A far l’amore comincia tu » (1976) « À faire l’amour, c’est toi qui commence », où elle s’adresse directement aux femmes et les incite à prendre l’initiative au lit, ce qui était totalement audacieux à l’époque. (https://www.youtube.com/watch?v=rPAAoSFfFww)

Troisième chanson, « Luca » (1978), où, sans bien sûr être explicite, elle parle d’homosexualité. Le texte raconte d’une fille amoureuse d’un garçon. Elle pense à lui jour et nuit, malgré le peu d’intérêt qu’il lui montre. Et puis un jour, elle le voit en compagnie d’un autre garçon, et depuis ce jour, elle ne le voit plus jamais. Evidemment, à l’époque j’avais rien compris, et cette chanson que je connaissais par coeur était un grand mystère pour moi, car il manquait la fin. Mais en fait non, elle avait une fin, c’est juste que moi je ne comprenais pas! Je me posais la même question que le personnage de la chanson, mais où diable est passé Luca? Il m’a fallu des années pour comprendre, mais j’ai compris! (https://www.youtube.com/watch?v=7LZWuNmJDcc)

Et, last but not least, « Rumore » (1974), « Bruit », qui parle d’une femme qui vit seule et a peur, la nuit, car elle entend des bruits bizarres, et pendant un moment elle souhaiterait remonter le temps, revenir à quand elle était avec son compagnon, mais non, en fait elle préfère avoir peur seule, car c’est elle qui l’a quitté.Cette chanson parle du prix que les femmes ont à payer quand elles décident de vivre sans l’homme, et ce prix est l’insécurité, la peur que quelqu’un entre dans l’appartement pour profiter de cette solitude. C’est la femme qui affronte sa peur et ne cède pas à la facilité de revenir avec une personne qu’elle n’aime plus. (https://www.youtube.com/watch?v=W9EAJbdxYGM)

Raffaella Carrà tenues cultes

Raffaella Carrà, tenues cultes

Le contexte de ces chansons est l’Italie des années 1970. Le divorce est légal seulement depuis décembre 1970. Célébrer dans une chanson populaire la situation d’une femme qui choisit de vivre seule en 1974 c’est courageux.

Parler d’homosexualité en 1978 aussi… quand on pense qu’aujourd’hui en 2021 la proposition de loi pour élargir la protection contre les gestes et les violences, les phrases discriminatoires ou incitant à la haine contre les homosexuels, les trans et les femmes (sic!) n’arrive pas à passer.

Alors, Raffaella… respect!

Pendant mon adolescence, j’ai méprisé cette chanteuse à paillettes dont je n’avais rien compris. Je voulais me donner des airs d’intello, et ça collait pas : j’écoutais Bob Dylan, Patti Smith, Police, pas Raffaella Carrà, please!

Et bien sûr, je n’y ai plus pensé. Jusqu‘au jour où je me suis retrouvée à une soirée queer, qui suivait le festival de cinéma alternatif Pink Screens à Bruxelles. Et là, tout le monde dansait sur les notes de « A far l’amore comincia tu »! Oh surprise! Et on m’a expliqué qu’entre-temps, Raffaella Carrà, pour son attitude respectueuse et d’alliée du mouvement LGBTQIA+, ses chansons osées pour son temps, était devenue une icône mondiale des gens queer. Waow! Du coup, j’ai réécouté ses chansons avec une attention différente, et j’ai réalisé à quel point j’avais sous-estimé leur, alors que la chanson populaire est la meilleure façon de faire passer ce genre de message, à l’époque comme aujourd’hui…

Raffaella Carrà

RIP Raffaella, merci de m’avoir fait grandir en mettant à mal mes préjugés!

P.S. Les traductions sont miennes.

close
Previous Post Next Post

Ces articles peuvent aussi vous plaire

Pas de Commentaire

Laisser un commentaire