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La série Bir Başkadır

Bir Başkadır (2020) est une serie turque produite par Netflix écrite et réalisée par Berkun Oya, dramaturge, réalisateur et metteur en scène théâtral. Elle compte huit épisodes, et a été traduite en pas moins de  18 langues. En francophonie, la série est connue aussi sous le titre « Ethos », mais le titre original se traduit par « Complètement différent », ce qui, je trouve, colle beaucoup mieux au contenu (https://www.allocine.fr/series/ficheserie_gen_cserie=27574.html)

L’intrigue commence quand la jeune Meryem va voir la psychologue Peri en raison d’évanouissements récurrents, qui n’ont pas de raison médicale.

Meryem vient de la banlieue rurale, travaille comme femme de ménage chez un ancien bodybuilder très volage, et s’occupe de la famille de son frère, dont la femme est victime d’une étrange maladie. Elle est religieuse, porte le voile, et suit à la lettre les conseils du hodja, le guide spirituel de sa communauté.

De son côté, Peri, plus âgée, est issue d’une famille riche et progressiste, travaille comme psychiatre, fréquente les bars branchés avec ses copines, qui mènent une vie à l’apparence libre, ou en tout cas libérée, et méprise les femmes comme Meryem. Il s’agit d’un mépris de classe dont elle s’en veut, mais qui est présent malgré elle, et se manifeste dans le fait qu’elle n’arrive même pas à se rappeler son nom (car comme le montrera sa mère, on ne fait pas la différence entre les femmes de ménage, elle sont voilées, pauvres, elles se ressemblent toutes).

Ces deux personnages représentent les extrêmes d’une société (turque en l’occurrence, mais nos sociétés occidentales ou occidentalisées devraient s’y reconnaître également) divisée socialement, culturellement et économiquement. Deux mondes se côtoient, cohabitent dans un espace partagé, se touchent sans se regarder, sans se voir. Les personnages sont tous liés les uns aux autres, mais ne le savent pas.

 

 

Meryem est le grain de sable dans le monde de Peri, et inversement. Elles sont l’une pour l’autre cet élément imprévu et perturbateur qui fait que tout s’emballe. Et autour d’elles, tout dérape, les certitudes tremblent, les gens évoluent, se cherchent, se perdent et se retrouvent, prennent des chemins nouveaux, se réinventent, prennent conscience d’eux.elles mêmes de manière parfois douloureuse, parfois drôle…

Et en plus de la qualité de l’intrigue, la photographie est simplement magnifique, les actrices et les acteurs ont un jeu on ne peut plus juste, les personnages sont tristes et drôles en même temps, émouvants et durs, forts et fragiles. Le rythme est lent, et pourtant l’histoire est complexe, dense d’évènements, les silences et les moments musicaux sont chargés de sens.

Dans le déroulement de l’histoire, tous les personnages sont confrontés à des décisions, à des émotions fortes qu’il faut gérer, d’une manière ou d’une autre. Les émotions, c’est ce que nous avons tous et toutes en commun, peu importe notre genre, notre niveau culturel, nos croyances, notre classe sociale et économique. Refouler ces émotions ne peut qu’avoir des conséquences négatives sur la santé des personnes et leur entourage.

Au delà de l’histoire intimiste, on peut voir assez aisément dans cette série une métaphore de la société, avec ses divisions, ses refoulements, ses liens ignorés, qui, portés à l’extrême, peuvent  mener à l’implosion, comme la personne qui refoule ses émotions tôt ou tard implose, sombre dans la dépression, ou part en vrille.

Regardez la série Bir Başkadır, car c’est un chef-d’oeuvre. Vraiment.

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